Les origines des faux de Verzy

Le village de Verzy, situé au sud de la Cité des Sacres, constitue le point culminant du prestigieux terroir viticole de la Montagne de Reims (288m). Le champagne est roi au sein de ce terroir qui bénéficie de l’appellation de Grand Cru 100 % décernée aux plus prestigieux crus du vignoble.

La forêt domaniale de Verzy (ancienne forêt de la commanderie du Temple), qui comporte par ailleurs 115 espèces de végétaux différents, abrite des hôtes d’aspect étrange, sur le site de l’ancienne abbaye de Saint-Basle fondée en 664 par St Nivard.

Le nom officiel de cette variété botanique est FAGUS SYLVATICA L. VAR. TORTUOSA PÉPIN. (soit la désignation scientifique du hêtre commun) suivie du nom de la variété, ’TORTUOSA’, ainsi nommée par Pépin en 1861. Ces arbres poussent sur un lot de l’Office National des Forêts. Le nom “fau”, qui désigne le hêtre en français normal jusqu’au XVIIIe siècle, ne devrait pas être employé de nos jours pour désigner le Hêtre tortillard.  Le “fau de Verzy” est une variété du hêtre commun obtenue par mutation. L’aspect de son écorce, de ses feuilles, de ses fleurs et de ses fruits est donc semblable à ceux du hêtre. Il en diffère essentiellement par son port singulier, que les auteurs anciens ont défini, en berceau, en parasol, parapluie, etc.. Il présente, quand on l’étudie de plus près, des différences telles que feuillaison asynchrone et plus tardive, taille des feuilles plus petite, nombre de feuilles plus grand sur la pousse de l’année et une croissance et fertilité plus faible. Cela est dû à un mode de croissance particulier, dont le fonctionnement global a été décrit pour la première fois par le Professeur Bernard Thiébaut de l’Université de Montpellier.

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Il emploie à juste titre le terme de réitération pour expliquer ce mode de construction des branches et des rameaux. Le fau semble vivre plus longuement que le hêtre commun. Bien que le comptage des cernes ne soit pas aisé, on a estimé un âge compris le plus souvent entre 350-500 ans chez les sujets récemment morts.

Son accroissement annuel en diamètre est évidemment inférieur à celui du hêtre, mais la masse végétale totale est forte, la densité du feuillage étant remarquablement forte en raison des entre-nœuds rapprochés. Il faut également noter que le sous-sol et le sol de ce lieu sont truffés de lacs, étangs, sources, résurgences, cavités de toutes sortes, paradis des spéléologues locaux.

Si le site de Verzy est le seul à montrer autant d’exemplaires (668 ont été comptés en 1977) des individus croissent également en Allemagne (région du Süntel, non loin de Hanovre), en Suède du Sud (vers la limite boréale de l’espèce), au Danemark et de rares cas isolés sont signalés en France, sans que l’on puisse prouver qu’ils aient été importés. Sa reproduction est également conforme à celle de l’espèce. Le Tortillard produit des graines fertiles (faines) qui, semées, produisent des Tortillards et des hêtres communs, ainsi que des sujets d’allure variable entre les deux types. De plus, et cela lui est propre, il a la faculté de se marcotter aisément, en raison du fait que ses branches basses sont constamment en contact avec le sol. Ainsi un arbre ancien montre souvent à l’aplomb de sa couronne feuillue une auréole de jeunes sujets ayant lentement ’pris racine’ à ses pieds, alors que le semis naturel est moins productif en raison de divers facteurs peu favorables à ce mode végétatif.

Les recherches scientifiques récentes entreprises dans les universités de Bordeaux, Montpellier et Reims ont permis d’identifier quelques chaînes de gênes spécifiques. Tous les faux transplantés ailleurs croissent conformément à leur bagage génétique, c’est-à-dire qu’ils conservent leur caractère propre. Cela est vérifiable dans les Parcs et jardins privés dans lesquels ils ont été introduits. Un certain nombre sont signalés en Lorraine, à la pépinière de Nancy, ainsi que les ’jolis-fous’ de Remilly.

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